La valse des étiquettes

La valse des étiquettes

L’autre jour, en réservant une chambre d’hôtel pour un déplacement professionnel, j’ai été pris d’un doute existentiel. Face à moi, une liste d’options à faire pâlir un poète : chambre classique, confort, supérieure, exécutive, deluxe… J’ai fixé mon écran, perplexe, en me posant la question qui tue : « Quelle est la différence concrète entre une chambre « supérieure » et une « deluxe » ? »

Excellente question ! C’est un peu comme au restaurant, quand on vous propose la « suggestion du chef » à côté du « plat du jour ». Vous sentez bien qu’il y a une nuance, mais impossible de savoir laquelle sans plus de détails. Vous finissez par choisir au hasard, en espérant secrètement que « l’exécutive » (la chambre) vous donnera une soudaine inspiration pour votre réunion du lendemain.

Le plus ironique, c’est que cette inflation sémantique finit par se neutraliser. Quand tous les hôtels proposent du « supérieur », ce mot ne signifie plus rien. C’est l’antichambre de la banalité. J’ai même séjourné dans des chambres « standard » avec une vue et une machine à café flambant neuve, bien plus agréables que des chambres « deluxe » donnant sur une cour intérieure obscure. On marche sur la tête !

Ne nous y trompons pas : je comprends parfaitement l’envie de valoriser son offre, de segmenter sa gamme. Mais n’oublions pas que notre métier est de vendre une promesse de repos et de confort, pas de créer un casse-tête pour nos clients. À force de vouloir en dire trop, on ne dit plus rien de clair.

Alors, comment sortir de ce brouillard ? Peut-être en revenant à des descripteurs simples, factuels, qui parlent vraiment au client. Une « Chambre double, 20m², vue sur jardin, avec machine à café » est une promesse claire. C’est moins sexy que « Suite junior exécutive », j’en conviens, mais au moins, le client sait précisément ce pour quoi il paie. Il n’y a pas de place pour la déception.

Car au fond, ce que nos clients achètent, ce n’est pas une étiquette ronflante, mais la certitude d’une bonne nuit de sommeil, d’une douche agréable et d’un espace où ils se sentiront bien. Et cette certitude repose bien plus sur la clarté de l’information et la qualité de l’expérience que sur la richesse de notre vocabulaire.

En attendant, je crois que pour ma prochaine réservation, je vais choisir la chambre « classique ». Au moins, avec elle, je sais que je ne peux pas être déçu par une promesse trop ambitieuse. C’est un bon début, non ?

Thomas Yung
Avril 2026

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